(J57) Sauve qui peut

Il était une fois.

Il était une fois une maman. Il était une fois une famille. De trois enfants. Bientôt quatre. Il était une fois un ventre qui grossissait. Un utérus en mode BabyHouse. Il était une fois une petite fille. Curieuse de ce qui se tramait. De ce qui se transformait. Devant elle. Mais derrière des portes closes à la fois. Il était une fois une famille ordinaire. Qui se préparait à l’extraordinaire.

Bedon de laine, bedon rond.

Et puis j’arrondissais. Je devenais de plus en plus évidente. Difficile à manquer. Le projet se concrétisait. Tranquillement. On se préparait. Et on préparait les enfants. On voulait une épopée familiale. Un happy ending à notre image. À l’image de ce vers quoi nos rêves soutendent. Une grande finale. Une grandiose symphonie. Ça aura été autre chose. Mais j’y reviendrai. Sûrement. Quand ce sera le bon moment.

Introduction.

Bref. On jasait. Les enfants posaient des questions. On tentait de les laisser diriger les conversations. Pour répondre à leurs interrogations. Pour apaiser leurs inquiétudes. Pour qu’ils se sentent impliqués. Parce qu’on les voulait ainsi. Impliqués. On les invitait à suivre le parcours. On leur faisait des comptes-rendus. On y allait au gré de leurs envies. Dans le plus grand respect de leurs limites. On les incitait à créer le contact. Avec le futur membre de la famille. Doucement. En lui parlant. Le touchant. L’écoutant.  On entrevoyait un germe de lien. On se délectait de cette naissance qui s’effectuait sous nos yeux. Celle de la fratrie qui nous faisait rêver. On était aux anges.

Bébé de famille.

Puis il y avait Aster. La petite dernière. Sur qui on portait une attention particulière. Parce que fragile comme le verre. À cause d’un sevrage forcé. Imposé. Mais nécessaire. Pour mon équilibre. De femme. De mère. À cause de ce qu’elle est aussi. Tout simplement. On l’entraînait dans l’aventure. Prudemment. Conscients des défis que la situation lui imposait. En lui permettant de rester à l’écart. Au besoin. Et en l’accueillant avec une joie immense. Le reste du temps.

Puis.

Le temps est venu. Pas comme on avait prévu. Pas de la façon qu’on l’aurait voulu. Malgré la visualisation. Malgré les préparatifs. Et tout le cœur qu’on y avait mis. Ainsi va la vie. L’expérience en famille n’aura pas eu lieu. Malgré notre bonne volonté. C’est douloureux. Mais ce fût pour le mieux. C’est ce que la tête finit par comprendre. Pendant que le corps guérit. Et que le cœur se donne du temps. Pour digérer. Cicatriser.

5H48.

Il était 5H48. Quand bébé est arrivé dans mes bras. Quand enfin nos yeux se sont croisés. Dans un fragile équilibre. De douceur et de froideur. Dans une atmosphère à l’image des émotions. Qui nous envahissaient. Nous submergeaient. On aurait voulu que ça se passe en équipe. Que les présentations soient futiles. Superflues. Mais il fallait faire avec ce que la vie nous offrait.

Ciao. Bye.

Quitter. C’est tout ce qu’on voulait. Quitter. Pour rentrer. Se retrouver. À l’endroit où nous nous devions d’être. Entourés de ceux qui nous sont le plus chers. Retrouver la famille. Pour que l’équipe soit complète. Pour s’unir. Dans l’intensité du moment. Après des jours d’incertitude. De déception. Pour reprendre pied. En s’appuyant. Les uns sur les autres.

Toc. Toc. Toc.

6H. Il aura fallu attendre 6H. Une éternité. Dans les circonstances. Puis on l’a eu. Le fameux OK. Timide. Forcé. Hésitant. Mais on l’a eu. On a emmitouflé bébé. On a pris la route. Puis on est arrivés. Soulagés. Essoufflés. Fatigués. Fébriles. Mais heureux. Au travers de tout ça. On était surtout heureux. On a pris soin de cogner à la porte. Comme se doit de faire tout invité. Parce que ultimement. On avait quelqu’un à présenter.

Rencontre.

Et la porte s’est ouverte. Et on est entrés. On a déposé la coquille au sol. Pour faciliter le contact. Hélios s’est approché. A salué bébé. Mais pas d’Aster. Ma petite qui m’avait tant manqué. Elle ne venait pas vers moi. Ni vers le bébé. Qu’elle chérissait. Quelques jours auparavant. À travers moi. Puis je l’ai aperçue. Foncer comme une fusée. Pour aller se cacher.

24H.

Et ce fût ainsi. Durant 24H. 24 longues heures. Où elle s’est retirée. Où elle refusait mon contact. La proximité avec bébé. La nouvelle réalité. Qu’elle se faisait imposer. 24H d’impuissance. À ne pas pouvoir la réconforter. Car après tout. J’étais à l’origine de ce qui la troublait. Ce bébé qui venait tout chambouler. Une longue journée. Où j’ai oscillé. Entre la reconnaissance envers la vie. Pour cet autre miracle de la maternité. Et l’impuissance. Devant ma petite en désarroi. Face à un si grand changement.

brother and sister

Trouver l’équilibre ensemble.

Abracadabra!

Puis tout s’est placé. Comme par magie. En toute simplicité. Il aura fallu une sortie. Puis une entrée en scène. Différente. Où Aster était a l’honneur. Où elle revêtait un nouveau rôle. Il aura fallu qu’elle soit celle qui s’intègre à l’environnement de son nouveau petit frère. Et non le contraire. On aurait pû y penser. Vaut mieux tard que jamais. La suite s’est déroulée plus rondement. On a recommencé à respirer. Graduellement. Et à espérer. Que nos rêves de famille allaient se réaliser.

Retour du balancier.

Les jours se suivent. Les choses se placent. Nous sommes satisfaits. De ce qui a été fait. De comment on l’a fait. Nous somme fiers d’avoir fait confiance à la vie. Mais surtout à nos enfants. De leur avoir fait cadeau du temps qu’ils nécessitaient. D’avoir pris la voie de la patience. Et surtout de la confiance. De la résilience. Il nous reste encore beaucoup  à apprendre. Surtout au niveau de l’équilibre. De l’ensemble. Et des individus qui le composent. C’est un défi de taille. Qui n’a comme égal que le bonheur. D’avoir enfin cette famille. Dont j’ai tant rêvé. Mais on y parvient. En se ressourçant. À travers les enfants. À travers les victoires. En les voyant. S’aimant. S’entraidant. De temps en temps. Entre deux séances de picossage. C’est inévitable.

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